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Congrès national

Comment l'ADR veut former une «coalition citoyenne» avec le CSV

Avec Fred Keup comme candidat principal, le parti a fait entendre un ton offensif dimanche lors du congrès national - et se met en scène comme un parti anti-establishment.

Tradition oblige, à la fin du congrès de l'ADR, les presque 200 membres du parti présents ont chanté en chœur l'hymne national.

Tradition oblige, à la fin du congrès de l'ADR, les presque 200 membres du parti présents ont chanté en chœur l'hymne national. © PHOTO: Alain Piron

Un silence s'installe. Tom Weidig, président de la section ADR Centre, appelle la salle à observer une minute de silence pour les membres du parti ADR décédés. Un moment qui «nous rapproche», comme il l'explique ensuite. Proximité, c'est ce dont l'ADR aura besoin en cette année de super-élections. «Excitation, enthousiasme, dépression - tout peut arriver. Nous serons injustement attaqués, personnellement attaqués et parfois en désaccord», prédit Tom Weidig en ce qui concerne les élections. Et il se montre offensif.

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Car lors du congrès national du parti à Dommeldange, l'ADR ne voulait pas seulement faire la promotion de son programme. Elle voulait lancer un avertissement à la concurrence. «Qu'ils soient bien préparés», a lancé le président de l'ADR, Fred Keup, aux autres partis. Mettre cette menace à exécution sera la tâche de l'ancien enseignant à partir de dimanche. Il a en effet été désigné à l'unanimité lors du congrès national comme tête de liste du parti pour les élections à la Chambre.

«Je suis prêt à prendre mes responsabilités», a-t-il fait savoir aux congressistes, visiblement ému par les ovations dans la salle, et s'est montré offensif : «Luc Frieden, Sam Tanson, Xavier Bettel, Paulette Lenert - ils ont tous peur des élections. Mais nous, nous nous en réjouissons».

Fred Keup emmènera l'ADR lors des élections nationales d'octobre. Visiblement ému, l'ancien enseignant a prononcé son premier discours de campagne pour 2023 devant les partisans de son parti.

Fred Keup emmènera l'ADR lors des élections nationales d'octobre. Visiblement ému, l'ancien enseignant a prononcé son premier discours de campagne pour 2023 devant les partisans de son parti. © PHOTO: Alain Piron

Des «charlatans» et des «socialistes caviar» verts

Coups de côté, malice, piques - les partis majoritaires n'ont pas été épargnés par les critiques lors du congrès de l'ADR. Tom Weidig a qualifié Xavier Bettel (DP) de «Premier ministre copié-collé» qui aurait du mal à «tenir un discours devant tous les professeurs sur lesquels il a copié». Les «socialistes caviar» endoctrineraient les jeunes à l'école avec les «bêtises woken de l'idéologie du genre». Tandis que Déi Gréng pratiquerait le «charlatanisme», le conseil échevinal de la ville de Luxembourg prendrait des décisions en «chambre close» et la bourgmestre de la capitale, Lydie Polfer (DP), «échouerait massivement» dans la lutte contre la criminalité.

Et comment l'ADR se voit-elle par rapport à ses adversaires politiques ? «L'ADR est un parti sympathique», a laissé entendre la présidente des femmes de l'ADR, Sylvie Mischel, au pupitre.

Bleu-rouge-vert et «l'establishment» comme ennemi

Mais ce que l'ADR est, elle l'a surtout défini lors du congrès national par ce qu'elle n'est pas. C'est l'ennemi. Et c'est la coalition en place - le soi-disant «establishment», «l'élite autoproclamée», une «minorité woke qui nous dicte comment parler, quels mots utiliser et que nous devons faire du genre», a déclaré Fred Keup dans son premier discours électoral dimanche. «Laissez-nous tranquilles avec la 'Cancel Culture' et le genre et occupez-vous des vrais problèmes du pays».

Luc Frieden, Sam Tanson, Xavier Bettel, Paulette Lenert - ils ont tous peur des élections. Mais nous, nous les attendons avec impatience.
Fred Keup, président et tête de liste de l'ADR

Pour l'ADR , les vrais problèmes des citoyens sont entre autres : la hausse de la criminalité dans le pays, l'hostilité du gouvernement à l'égard de la démocratie, le «piège de la croissance», la politique d'interdiction du gouvernement en matière de protection du climat, la fin du tourisme de l'essence, le déclin de la langue luxembourgeoise ou la fin de la monarchie.

Même le thème de l'égalité des chances pose certains problèmes à l'ADR. «L'égalité est un mot dangereux. Il y a 90 ans, en Union soviétique, on parlait d'égalité. Mais nous sommes contre un socialisme anti-humain», s'est insurgé Fred Keup devant une foule en délire composée de 200 personnes.

L'ADR vise une «coalition bourgeoise» avec le CSV

Dans son premier discours électoral pour 2023, Fred Keup a en outre donné le ton quant aux ambitions de l'ADR après la fin du dépouillement des votes en octobre : l'ancien professeur de géographie souhaite une «coalition citoyenne». Avec le CSV. C'est pourquoi Fred Keup a également réservé un message pour le candidat des chrétiens-sociaux, Luc Frieden, dans son discours: «Ne leur fais pas confiance (ndlr : à la coalition), Luc. Ils ne voulaient pas former un gouvernement avec toi en 2013, ils ne veulent pas non plus le faire aujourd'hui».

Ne leur fais pas confiance, Luc. Ils ne voulaient pas former de gouvernement avec toi en 2013, ils ne le veulent pas non plus aujourd'hui.
Fred Keup, ADR

Ce n'est qu'ainsi que le Luxembourg pourrait se libérer du «monde en bulles de savon» du Premier ministre Xavier Bettel et de ses «apôtres d'une secte 'woke'». Et par le nouveau vernis d'un conservatisme jeune que le candidat Fred Keup doit désormais incarner.

Avec cet homme de 42 ans, l'ADR se dote en effet de la «tête de liste la plus jeune» actuellement en lice et, selon le porte-parole du parti Fernand Kartheiser, «la plus courageuse de toutes». Une décision qui a été prise sans grande surprise. Après sa nomination à la présidence du parti l'année dernière, la candidature de Fred Keup était, du point de vue de la base du parti, la prochaine étape logique. Pour lui, les élections se déroulent désormais avec la devise suivante : «Nous n'abandonnerons jamais le Luxembourg».

Cet article est paru initialement sur le site du Luxemburger Wort.

Traduction: Mélodie Mouzon

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