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Une piqûre d'éthique avant la vaccination

Avant d'établir sa stratégie de vaccination, le gouvernement avait promis de s'appuyer sur l'avis du comité national d'éthique. Ses membres ont eu 12 jours pour étudier cette problématique contrainte par le faible nombre de doses vaccinales attendues dans un premier temps.

Principe de base de la campagne de vaccination "à la luxembourgeoise" : elle sera gratuite et sans obligation.

Principe de base de la campagne de vaccination "à la luxembourgeoise" : elle sera gratuite et sans obligation. © PHOTO: AFP

Patrick Jacquemot

Depuis le début de la crise covid, c'est le quatrième avis que rend la Commission nationale d'éthique. Et depuis sa création, en 1988, jamais un sujet n'avait autant mobilisé ce groupe de réflexion. Mais à épidémie unique, réaction unique. Donc, après s'être penchés sur l'orientation des patients en fonction des moyens disponibles ou sur les restrictions imposées dans le cadre de la lutte contre la propagation virale, les 15 membres ont été invités à orienter le gouvernement sur la mise en place de la vaccination à venir.

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La sollicitation remonte au 17 novembre, et le 29 le Premier ministre avait le rapport sur son bureau. Huit pages qui ont éclairé l'exécutif dans ses premiers choix. Le comité, présidé par Julie-Suzane Bausch, devant notamment trouver la ligne à suivre alors même que le sérum anti-covid promis «ne sera pas disponible à volonté» dans un premier temps.

Sans oublier que, selon les laboratoires retenus, l'efficacité d'une formule ou d'une autre variera. L'une étant plus protectrice; l'autre plus apte à éviter le caractère fatal de l'infection qui a déjà fait 360 victimes dans le pays. Face à cette «indisponibilité d'un vaccin efficace pour tous», la commission d'éthique a donc retenu une «approche utilitariste».

Une discrimination entre frontaliers et résidents serait inadmissible

Aussi, afin de permettre au pays de traverser cette épreuve sanitaire, choix a été fait de créer un «cordon sanitaire». Un «bouclier» apte à maintenir en activité l'ensemble du système médical. Car c'est bien de ce système dont va dépendre, demain, la «sauvegarde d'autant de vies que possible».

D'où cette préconisation de vacciner d'abord les professionnels de soins et de santé. Dans leur ensemble, «peu importe le grade ou le statut (salarié ou bénévole)», insiste la commission demandant à ce que, sitôt volontaire, tout employé d'un cabinet médical, d'un hôpital, d'une structure d'hébergement pour personnes âgées ou d'un réseau de soins ou aide à domicile puisse accéder au vaccin.

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Et comme pour 70% de leurs effectifs ces catégories professionnelles dépendent de personnels venus de France, Belgique ou Allemagne, pas question de vacciner les seuls personnels luxembourgeois. «Une discrimination entre frontaliers et résidents serait inadmissible», tonnent à l'avance la présidente et son comité. Message reçu par Xavier Bettel qui a confirmé, vendredi, la vaccination des professionnels de santé «sans distinguo».

Par contre, pas question pour la commission nationale d'éthique d'avancer à tâtons pour proposer une seconde étape dans la campagne vaccinale. «Impossible à ce stade», indiquent ses membres, de lister une prioritarisation détaillée d'autres groupes. Pas assez d'informations sur la quantité de vaccins attendue et le calendrier des futures mises à disposition. Pas assez de certitudes sur les caractéristiques des différentes compositions et leurs effets. D'où cette prudence.

D'ailleurs, la semaine passée, le Premier ministre s'est bien gardé de dire si les prochains sur la liste des vaccinations seraient telle catégorie de citoyens ou tel groupe professionnel.

Mais nul doute que lorsque ces données sur les vaccins seront disponibles, la commission sera à nouveau sollicitée. Après tout, elle amène une dose de sagesse bien apaisante en cette période de confusion. Une réflexion quand l'opinion publique n'est que réaction. D'ailleurs, ces dernières années, elle avait déjà apporté ce supplément d'âme aux débats sur l'aide au suicide, la recherche sur les embryons, le clonage ou la procréation médicalement assistée.

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